jeudi 5 avril 2012

Traité sur le Taiji Quan de WANG Zongyue/Traduit par YAN Xinming


(1795? – un des fondateurs du Taiji Quan)



      (L’énergie du) Taiji vient du Wuji (dont le sens général est le vide absolu. Dans la boxe, elle signifie la relaxation absolue). Telle une mère, elle donne naissance au Yin et au Yang qui apparaissent séparément dans les mouvements et disparaissent au repos.

      Ne répondez d’une attaque (de l’adversaire) qu'au moment précis du repli de son mouvement par une énergie ni trop forte ni pas assez. Accélérez aisément son attaque : cette technique s'appelle «aller». Étouffez doucement ses mouvements : cette technique s’appelle «adhérer». A la rapidité, répondez par la rapidité, à la lenteur, répondez par la lenteur. Les techniques sont variées mais le principe est unique.

      (L’acquisition de l’énergie du Taiji Quan se fait) par l’habileté de chaque mouvement  (1er niveau) qui évolue progressivement à une compréhension de l’énergie interne  (2ème niveau) ; puis, par savoir maîtriser dans la pratique cette énergie, qui permettra d’atteindre finalement la clairvoyance fusionnée avec la puissance surnaturelle du Taiji Quan (3ème niveau). Mais il est difficile voire impossible de connaître ce processus sans des efforts continus.

      Commandez droitement vers le haut votre énergie en utilisant votre menton, et descendez dans le ventre votre respiration. (Cette position constitue l’énergie du Taiji qui maintient un équilibre parfait.)

      Tantôt dissimulée tantôt manifeste, (cette énergie) vide votre gauche quand l’attaque vient de gauche et relâche votre droite si l’attaque vient de droite. Cela vous donne l’avantage (sur l’adversaire). S’il attaque par le haut, répondez souplement plus haut que lui ; par le bas, plus bas que lui ; rendez sans but ses avancées et sans issue ses reculs. (La qualité de cette énergie) permet d’absorber une force même celle légère comme une plume ou comme une mouche. L’adversaire ne me comprend pas, mais moi si.
      Ce chemin établit un héros sans rival.

      Les autres arts de combat sont nombreux. Malgré leurs différentes méthodes, ils ont tous au principe commun selon lequel le plus fort écrase les faibles et le plus rapide triomphe des lents. Or ce ne sont là que des capacités innées et primitives et non celles d’un homme civilisé et raffiné.

      L’adage « quatre onces entraînent mille livres » illustre le principe selon lequel on peut remporter la victoire sans la nécessité d’une force musculaire développée. Quand on voit un vieillard qui vainc à lui seul plusieurs attaquants, peut-on dire que c’est grâce à sa rapidité ou à sa force ?

      Soyez debout tel le centre d’une balance enracinée au sol et agile telle une roue qui tourne. Si votre corps possède un point d’équilibre, vous pourrez poursuivre l’adversaire ; mais si vous avez deux points d’équilibre (cas initial de l’homme), c’est  l’adversaire qui vous chassera. Ce que des pratiquants de Taiji Quan qui, malgré de nombreuses années de pratique, ne peuvent toujours pas faire fondre la force d’une attaque, et demeurent contrôlés par l’adversaire, c’est qu'ils n’ont pas encore compris l’erreur qu'ils faisaient : avoir deux points d’équilibre. (L’homme peut être culbuté parce qu'il a deux points d’équilibre, mais le ballon n’en possède qu'un et ne tombe jamais.)

      Pour éviter une telle erreur, il faut connaître la nature du Yin et du Yang qui se séparent lors des mouvements. (Par exemple,) quand ta main a adhéré à un adversaire, ce doit être tes pieds qui absorbent sa force. Cela est le fondement du « yang dans yin et yin dans yang » qui exprime que la force et l’agilité des jambes peuvent, (sous certaines conditions,) se manifester dans les bras et vice versa.

      Lorsqu'on peut sentir le Yin-Yang qui se complète mutuellement dans les mouvements, alors on peut dire qu'on a compris ce qu'est l’énergie interne du Taiji Quan.

     Après l’avoir compris, plus on s’exerce, plus on acquiert d’habileté. Encore faut-il étudier attentivement la manifestation de cette énergie dans chaque mouvement, puis l’on arrivera peu à peu à ce que le corps suive entièrement les désirs de l’esprit.

      L’idée fondamentale pour apprendre le Taiji Quan est qu'il faut s’oublier et éprouver les attaques. Beaucoup ont mal interprété ce principe, tout en s’excitant sur l’acquisition de l’énergie surnaturelle du Taiji Quan, et tout en oubliant qu'elle n’est rien d’autre qu'une sorte de relaxation. Comme dit l’adage : « le moindre faux pas au début équivaut à un écart de mille kilomètres à la fin ». Que les disciples y réfléchissent minutieusement !
     Fin du traité.